LE COIN DU VÉTÉRINAIRE
LES TROUBLES DU COMPORTEMENT
expressif que le cheval ou le poney, et ne sont pas conscients qu’un
âne en bonne santé ne doit pas paraître morose. L’âne souffre de
la douleur, mais son mécanisme de survie en tant qu’espèce proie
est de masquer les signes apparents de la douleur. Les changements
comportementaux subtils d’un âne peuvent indiquer une douleur sévère
et une maladie grave. Les ânes de compagnie moroses souffrent très
souvent d’une colique d’impaction, de douleur ou d’hyperlipémie. Les
ânes de travail moroses ou apathiques peuvent souffrir de plusieurs
troubles, dont l’épuisement. Par conséquent, les ânes qui affichent des
changements légers dans leur comportement habituel et leur appétit,
ou une attitude terne, doivent faire l’objet d’un examen approfondi et
urgent afin d’identifier les causes sous-jacentes.L’âne morose doit être inclus dans la liste des urgences équines.
Un traitement de soutien peut être administré jusqu’à la pose du
diagnostic.
POINTS CLÉS :
-
- Les ânes en bonne santé, ne souffrant pas de douleurs et dans un état
normal adoptent toute une gamme de comportements et interagissent
avec les humains et les autres animaux. - Un âne affichant des signes d’isolement social, de retrait et d’apathie
indique parfois une maladie grave. - Les signes légers de douleur ou les changements comportementaux
doivent appeler un examen vétérinaire. - Les comportements face à la douleur ne sont pas toujours spécifiques;
un examen clinique approfondi (dont examen rectal et prélèvement
sanguin) doit donc être pratiqué. - Un traitement de soutien de l’âne morose peut inclure une analgésie
à des doses appropriées et une prise en charge nutritionnelle afin
d’éviter l’hyperlipémie.
- Les ânes en bonne santé, ne souffrant pas de douleurs et dans un état
PRÉVENTION :
-
- Évitez autant que possible les changements soudains d’alimentation
ou de prise en charge. - Adoptez des programmes efficaces de soins préventifs pour minimiser
le risque de maladie. - Évitez la séparation du ou des compagnon(s).
- Évitez autant que possible les changements soudains d’alimentation
COMPORTEMENT NORMAL
Les ânes vivent souvent très vieux, et dans de nombreux pays, ils
travaillent (souvent trop) jusqu’à l’épuisement. D’où l’idée répandue
que tous les ânes sont ternes ou calmes par nature. Il est parfois difficile
d’évaluer l’éventail des comportements dits sains et sans douleur
qu’affichent les ânes. Une bonne connaissance du comportement
normal d’un âne permet d’identifier les changements subtils dans son
comportement et son attitude, et de détecter plus tôt les problèmes. Les
jeunes ânes en particulier doivent être amicaux, curieux et joueurs. Les
ânes adultes en particulier doivent continuer à pratiquer une toilette
mutuelle, explorer les nouveautés et se comporter dans un groupe.
Les ânes en bonne santé montrent de l’intérêt pour le fourrage,
l’exploration et les friandises, et mastiquent à l’excès les clôtures en
bois ou les bûches en l’absence de fibres dans leur alimentation.
En réponse au stress thermique, un âne en bonne santé tremble et
cherche à se mettre à l’abri du froid ou de la chaleur. Comme c’est
un animal proie et herbivore, l’âne doit passer la majeure partie de
son temps (12 à 20 heures) à brouter sur de grandes distances. Il dort


parfois allongé, par courtes périodes (environ 15 minutes à chaque
fois, pour un total de 2 à 6 heures), et se détend debout pendant 2
à 6 heures tandis qu’un autre membre du groupe monte la garde.
Les études montrent que les ânes en bonne santé affichent plusieurs
comportements en termes de déplacement, de repos, d’interactions
avec ses compagnons et l’environnement, et que s’il connait ces
comportements, l’observateur peut évaluer et détecter la douleur ou
la détérioration de l’état de santé de l’animal. (Regan et al, 2014).
Une détection précoce des changements subtils dans son
comportement et son attitude est essentielle à l’identification
précoce des problèmes.
COMPORTEMENT LIÉS À LA DOULEUR
En s’appuyant sur ces comportements normaux, on comprend que leur
absence est un indicateur de souffrance ou de détresse de l’animal.
Si les propriétaires d’ânes sont uniquement habitués à observer les
comportements affichés par les petits animaux de compagnie, il existe
alors un risque de délai d’identification de problèmes graves. Par
exemple, un âne qui reste allongé parce qu’il souffre de colique ou
de fourbure n’est pas comparable à un chien qui adopte une posture
de repos. L’auto-isolement d’un âne malade n’est pas comparable à
l’état solidaire normal de nombreux chats. Des études observationnelles
détaillées d’ânes de travail ont montré que le soulagement de la douleur
améliorait la vigilance générale et les comportements inquisiteurs, d’où
un animal qui relève la tête est moins agité. Les ânes se reposaient
davantage et adoptaient moins de comportements de transfert de
poids.
(Regan et al, 2014). Par contre, les ânes en surcharge de travail
et épuisés présentant des troubles physiques graves ont tendance à
«se renfermer», à se montrer apathiques et à adopter un nombre très
limité de comportements. Le bien-être de ces animaux est gravement
compromis, même s’il est difficile d’identifier l’appareil ou le système
principalement touché. Dans d’autres études, on a demandé aux
praticiens qui connaissent bien les ânes d’évaluer la douleur avant
l’euthanasie et un lien a été établi avec la présence de lésions
douloureuses antérieures à l’autopsie (Olmos et Burden, 2012). Cette
étude a montré que près de 20% des ânes étaient à tort jugés ne pas
souffrir, et que plusieurs comportements légers n’ont pas été identifiés,
ni déclenché l’action des praticiens.
Certains résultats importants sur les ânes en souffrance ont été mis à
jour, à savoir :
- Ils passaient plus de temps la tête basse que les témoins ;
- Ils avaient les oreilles plus fixes et répondaient moins aux changements
environnementaux ; - Ils passaient près de 30% de temps supplémentaire allongés ;
- Ils passaient près de 40% de temps en moins à s’alimenter.
Chez l’âne, les comportements liés à la douleur peuvent être divisés
en comportements généraux et en comportements spécifiques à un
appareil ou système. Les comportements généraux d’un âne morose
consistent à afficher un éventail comportemental normal réduit et des
comportements de souffrance avec des symptômes comme :
- état dépressif général
- échanges réduits avec auto-isolement et absence de toilettage social
- oreilles baissées, oreilles qui ne réagissent pas indépendamment aux
stimuli, oreilles souvent à l’horizontale ou tournées vers l’arrière - tête et cou abaissés (parfois en dessous du garrot)
- alimentation ou hydratation inefficace (ou simulée)
- inappétence
- anxiété
- agression anormale
- réticence à se déplacer et moins de mouvements en général.
Les comportements spécifiques à un appareil ou un système sont
souvent moins visibles que chez les chevaux et les poneys.
-
- Si la boiterie est visible accompagnée d’une douleur au membre ou
au sabot, il est fréquent que les ânes s’allongent davantage et soient
réticents à se déplacer. - En cas de douleur abdominale, les ânes ont davantage tendance à
afficher une inappétence et à rester allongés, plutôt qu’à se rouler et
se frapper l’abdomen.
- Si la boiterie est visible accompagnée d’une douleur au membre ou
EXAMEN CLINIQUE
Un traitement analgésique et un traitement de soutien (réhydratation et
alimentation) sont les traitements de première ligne les plus importants
face à un âne morose. Un examen approfondi pour poser un diagnostic
final peut ensuite être pratiqué. Une étude des causes de la morosité
au sein d’un troupeau d’âne a montré que la colique et l’hyperlipémie
étaient à l’origine de plus d’un tiers des cas présentés. La boiterie,
la maladie du foie et les troubles respiratoires représentaient ensuite
les causes les plus prévalentes identifiées. Chez les ânes, la liste des
maladies potentiellement responsables d’une morosité non spécifique
est longue et concerne tous les systèmes d’organes (Theimann, 2013).
La variété des affections potentielles affichant des signes légers lorsqu’un
âne est malade justifie la nécessité d’un examen clinique complet et
approfondi pour poser un diagnostic. Cet examen doit comprendre un
examen rectal, un examen buccal complet (avec spéculum buccal) et


un prélèvement sanguin pour vérifier l’hyperlipémie. S’il est
impossible de déterminer avec certitude le système ou appareil
impliqué dans cet état mental de morosité de l’animal, une
analyse de sang complète doit être pratiquée, en particulier
pour évaluer la fonction hépatique et la fonction rénale. Les
difficultés associées à un examen rectal chez un patient de
petite taille peuvent être surmontées en immobilisant l’animal
et en administrant un sédatif si nécessaire. Une lubrification
appropriée facilite la procédure et des médicaments
spasmolytiques à la dose équine normale sont parfois indiqués.
S’il est absolument impossible de pratiquer cet examen, une
échographie de l’abdomen sera éventuellement requise.
Eléments essentiels de l’examen d’un âne morose :
-
- Observer les comportements, y compris dans le cadre de
l’alimentation, avant l’examen. - Vérifier les antécédents, notamment tous facteurs de stress
récents potentiels (au cours des deux semaines précédentes),
à savoir changements de régime alimentaire ou de prise en
charge, ou perte de compagnon(s). - Vérifier les vaccinations, antécédents de déparasitage
et soins dentaires. Les ânes sont rarement intégrés dans des
programmes sanitaires préventifs, qui plus est de qualité. - Si possible, ne pas séparer les duos ou couples d’ânes
pendant l’examen et le traitement. - Connaître les paramètres physiologiques caractéristiques
d’un âne normal. - Inclure un examen rectal et un examen buccal.
- Prévoir un ballon respiratoire pour l’examen respiratoire, du
fait de la nature non athlétique de l’âne. - Examen d’une boiterie potentielle, avec évaluation de la
mobilité, sachant que cet examen est parfois difficile (l’âne a
tendance à suivre
plus facilement son ou ses compagnon(s) que les personnes
qui l’a en main). Les ânes peuvent vivre longtemps, ce qui
complique l’identification de nouveaux comportements liés à
la douleur chez un âne âgé qui présente des affections liées
au vieillissement. Par exemple, de nombreux ânes âgés restent
sous traitement pour améliorer leur confort sur le long terme
dans les cas d’arthrose ou de légère boiterie. Le diagnostic
et le traitement opportun sont d’autant plus difficiles chez ces
animaux. L’utilisation d’évaluations objectives de la qualité de
vie pour surveiller l’âne âgé est un outil précieux qui permet
de déterminer s’il faut changer de médicaments et de prise en
charge ou envisager l’euthanasie.
- Observer les comportements, y compris dans le cadre de
TRAITEMENT
Dans de nombreux cas, la principale cause de morosité ou de
douleur n’est pas évidente. Il faut donc s’attacher en priorité
à stabiliser et soutenir le patient, à administrer un traitement
analgésique approprié, avant de prévoir un nouvel examen
et de pratiquer des analyses dans un délai raisonnable. Il
est raisonnable de supposer que les ânes en perte d’appétit,
qui s’alimentent mal (simulation) ou anorexiques présentent
une hyperlipémie ou sont proches d’un état d’hyperlipémie.
L’administration de fluides et un soutien nutritionnel sont
nécessaires, par intubation nasogastrique ou par voie
intraveineuse (en cas d’iléus). Il est usage de mettre en place
ces mesures avant l’obtention des résultats sanguins afin de
ne pas retarder le traitement. Ces patients doivent également
recevoir des agents de protection gastrique, car ils risquent fort
de développer une ulcération gastrique.
GESTION DE LA DOULEUR
L’analgésie selon une posologie et une fréquence appropriée
à l’âne doit être envisagée. La réponse au traitement doit être
évaluée régulièrement.
- Les AINS fréquemment utilisés devront généralement être
administrés à des doses plus fortes, car l’âne métabolise les
médicaments différemment des chevaux ou des poneys. - Une analgésie complémentaire est parfois requise, mais il
existe peu ou pas de données spécifiques aux ânes à ce sujet. - Utilisez des opioïdes, de la kétamine, de la lidocaïne, du
paracétamol aux doses équines recommandées, et surveillez la
qualité de l’analgésie. - Il faut parfois changer les patchs de fentanyl plus souvent
chez les ânes que chez les chevaux. - Si possible, utilisez les blocs anesthésiques locaux, par
exemple pour les extractions dentaires, les castrations ou les
boiteries.
Les ânes répondent généralement bien aux soins de qualité,
mais ces soins sont difficiles à prodiguer dans un hôpital équin
traditionnel. Par exemple, les portes des écuries sont trop hautes
et ne permettent pas aux ânes de voir par-dessus. Dans ces cas-
là, il est possible de remplacer les portes par des portillons ou
des barrières.
L’amélioration du bien-être mental de l’âne malade est essentielle
à sa guérison :
-
- Gardez le compagnon à proximité.
- Maintenez un environnement calme.
- Laissez l’animal accéder à une zone de pâture, si possible.
PRÉVENTION
Dans la majorité des cas, l’âne n’affiche que des signes
légers de douleur ou des changements à peine perceptibles
de comportement, et les signes plus flagrants n’apparaissent
qu’aux stades avancés d’une maladie ou qu’en cas de douleur
sévère. Par conséquent, l’âne morose constitue souvent une
urgence.Quand le propriétaire d’un âne apprend à évaluer
régulièrement les schémas comportementaux normaux de son
animal, il réagit alors rapidement aux changements subtils
indicateurs d’une morosité. L’utilisation régulière de programmes
de soins préventifs actualisés et de qualité contribue à réduire
l’incidence de nombreux problèmes. Les plus importants sont
les suivants :
- Contrôle des parasites
- Examens et soins dentaires
- Soins des pieds
- Surveillance du poids
- Vaccination
Ce n’est pas toujours possible, mais il faut veiller à minimiser les
situations de stress, y compris les changements d’alimentation et
de prise en charge. Si possible, ces changements doivent être
progressifs et être accompagnés d’une surveillance de l’état de
santé de l’âne.
Crédit documentation : Martine LACUCHE











